1988 – 01 : Des noms d’habitants de Reyrieux

A cette époque, en gros celle du roi Louis XI, les noms de famille tendent à se stabiliser (auparavant il n’y avait que des noms de baptême), les registres d’état civil, tenus par les curés, ne furent obligatoires qu’en 1539.

Voici une petite liste de 26 noms d’habitants qui tous furent nos devanciers, retrouvés dans d’anciens textes jusqu’à l’année 1500 et donnés le cas échéant avec leur étymologie. Nous verrons que cette dernière peut être intéressante en raison de la prime jeunesse des anthroponymes, autrement dit des noms de personnes, à cette même date. Nous y remarquons des diminutifs familiers (5)<, des noms de métiers (4), des particularités de l'habitat (4), des indications d'origine (3), des sobriquets diversement motivés... Référence de base : le dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, de A. Dauzat. Donc, par ordre alphabétique, Talançonnais et gens du plateau conjointement mêlés: 1461 BAREL pour barreau : littéralement « De la barre », c'est-à-dire de la barrière, par exemple l'entrée d'un domaine seigneurial. Les données ici se compliquent car Barelle est également un nom de terres de la proche région, mais non de terres habitées. Il semble que la référence initiale soit chez nous à trouver dans l'ancienne seigneurie d'Ambérieux-en-Dombes puisque embarrer eut jadis le sens d'enfoncer avec une barre. L'étymologie n'est pas catégorique. 1500 BAYARD : le sens de civière paraît difficilement rapportable à une personne, cet objet utilitaire étant autrefois communément employé. Je lui préfère le dérivé du mot Bai appliqué par transposition à partir de la couleur baie du cheval, à un homme dont la barbe et les cheveux sont roux et noirs. 1483 BERMOND : c'est un nom d'origine germanique dont le thème est l'idée de protection (Bermund ou Berthmund). Ceci ne signifie absolument pas qu'il faille reconnaître dans le porteur de nom un descendant des Francs ou des Burgondes. 1418 BERNELLIN : cité par Dauzat pour le Forez. C'est une dissimulation du nom Bernier, plus précisément de son dérivé Ber­nerin. Bernier est aussi d'origine germanique. Bern-hari, parallèlement à Bern-hard. Le nom a évolué depuis le Moyen Age de Bermérin par Bernellin à Bernallin. 1482 DAYET : se retrouve aussi en Suisse Romande. Il pourrait se traduire par D'Aille, nom d'un écart de Montceaux : en ce cas, les chances seraient infimes de le retrouver en Romandie. Ensuite par D'Aillet, d'un nom de lieu et d'écart assez fréquent. Mais ce diminutif de Haye (haie) par alignement sur Delaye ou Delahaye aurait plutôt donné Delayet ou Deshayets. Il faut en revenir avec Dauzat au thème du dail, la faux de nos ancêtres, alors appliqué à un homme dans un équivalent de Faucheux, faucheur... Cependant, la forme s'accorde mal avec cette définition. Le vieux langage avait dailler pour combattre, balafrer, j'y verrai donc davantage le sobriquet d'un « dailli >v, d’un homme combattif. La variante Datot rencontré également de nos jours ayant eu la même valeur. A tous le moins « L’homme du dail ».

1464 DE LA COLONGE : avec cette expression très significative, nous entrons dans la catégorie des indications d’habitat d’origine. La Colonge en tant que nom de lieu n’appartient pas que je sache à notre paroisse. Il s’agit donc d’un Talançonnais venu d’ailleurs, d’une localité voisine indéterminée.

1449 DE MONTDÉSERT : explicite. Montdésert est un hameau propre simultanément à Curciat-Dongalon et à Villemotier, dans le nord du département.

1456 DREYMIEU : toujours dans le même ordre d’idée et selon que la forme de ce nom suggère à priori D’… alors que la finale est celle qui caractérise un grand nombre de nos villages, on pourrait penser à un initial De-Reymieu… Il n’existe aucune localité de ce dernier nom dans toute la zone ainsi caractérisée. Par contre, on note à Pérouges un écart dit Rémilleux. L’accent, comme à propos de son équivalent savoyard Rumilly, est mis sur la première syllabe. C’est donc bien un primitif De Rémilleu contracté après quelques générations en D’Rey­mieu.

1482 GUILLEMET : aucun problème, il s’agit d’un diminutif du nom de baptême Guillaume.

1488 JOURDAM ou dORDAiN : ce nom de baptême fut introduit en France après les croisades en souvenir du Jourdain, fleuve où aurait été baptisé Jésus.

1482 LEGENDRE : nom de parenté devenu patronyme après qu’un gendre (et non un fils) ait hérité de la maison de son beau-père. C’est pratiquement une véritable raison sociale.

1468 MARTINET: diminutif fréquent du nom de baptême Martin. 1467 MICHOLET (pour Michelet) : encore un diminutif, celui-ci du nom de baptême Michel.

1468 MOREL : surnom d’un homme brun de peau.

1499 PEGET : on trouve actuellement dans notre région des noms de famille Pegeon. Dauzat ramène le tout, avec la variante jurassienne Peugeot, au nom d’un marchand ou fabricant de poix, le pège lyon­naise. De toute évidence, un nom issu d’un milieu forestier, pourvu de sapin, qui n’est pas le nôtre.

1482 PEVRAT : même origine, mêmes circonstances.

1488 PERRIER : à la différence des précédents, ce nom n’évoque la pierre qu’à travers une activité humaine ; qualificatif d’un carrier ou d’un tailleur de pierre.

1459 PLANTIER : surnom de pépiniériste ou de cultivateur plus spécialement planteur. Plantée fut synonyme de vigne.

1498 PONCET : ce n’est pas exactement la forme diminutive tradi­tionnelle de pont qui est ponter (pontel) mais un nom de famille assez répandu qui se réfère à un diminutif de Pons. Le culte de saint Pontius fut très répandu au Moyen Age. Poncet est à saint Pons ce qu’est le nom Perraud notamment à saint Pierre.

1457 POYAT : d’un nom de lieu, plus précisément un site où l’on accède en montant tel que la Poyat de Frans ou de Messimy.

1468 RABUT : s’expliquerait par un intensif d’abuter, ancienne expression : pousser au bout. Celui qui pousse (les autres) à bout. 1482 REBATON : on rencontre actuellement des noms de famille Rebattet et Rebattu. Il semble bien que l’origine ici soit savoyarde puisque les Rebattes sont un nom de lieu de cette province versine (de rebatâ : faire rouler des pierres ou des belles de bois). En définitive un nom de famille peut-être introduit depuis la Savoie.

1459 ROZET : est donné comme diminutif de rose en tant que couleur. D’autre part, Roset ou Rosary a désigné un endroit couvert de roseau (rausetum). Le plus probable reste l’occupant d’un tel site pour peu que son teint rosé permette le rapprochement.

1454 SIRAND : étymologie incertaine. Originaire de Siran, com­mune du département de l’Hérault ou de Siran du Cantal? Ou sobriquet « six-rangs» de motivation obscure…

1468 TAMISIER : là aucun problème, il s’agit d’un marchand ou d’un fabricant de tamis.

Pour près de la moitié, ces noms se retrouvent aujourd’hui portés par des personnes tant de Reyrieux que des alentours.

A noter la place prépondérante tenue par ce qui n’est en somme qu’un surnom familier du type Jean dit Martin, ce sont Poyat pour De la Poyat, Rebaton pour Des Rebattes, Tamisier pour Le Tamisier, à côté de diminutifs ajoutés tels que Guillemet, Poncet ou Micholet.

Une remarque peut être faite, qui a son importance : le village au temps de Louis XI n’apparaît aucunement comme un milieu fermé sur lui-même et conservant avec le même sang les mêmes souches fami­liales. Un nombre appréciable de ses habitants est à l’évidence origi­naire d’autres localités, celles-ci parfois relativement lointaines.
H. BARTHOUX

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