19xx – xx : Nos ancêtres

Ce que nous disent les anciens registres paroissiaux ou d’état civil : Toute fondation de famille commençant régulièrement par un mariage voici quelques remarques concernant cette journée décisive de la vie de nos ancêtres. On retient d’abord qu’au XVIIIe siècle le contrat préliminaire passé devant notaire était la règle, ensuite que le préjugé actuel relatif au mois de mai n’est que d’époque récente. Durant 25 années comprises entre 1826 et 1854, par trois reprises, en 1828, en 1830 et en 1848 le mois des fleurs fut celui où se célébrèrent le plus d’unions. Durant cette même période retenue pour l’établissement de moyennes, novembre était de loin le moment jugé le plus favorable aux hyménées, ensuite mai et janvier et c’est en juillet finalement que l’on convolait le moins. Il s’agissait là d’un trait de moeurs avant tout talançonnais puisqu’à Pouilleux, sans chercher bien loin, où l’on respirait un air plus vif, la courbe des unions resta un peu différente.

II paraît intéressant de comparer avec une autre tranche de 25 années comprise celle-ci entre 1648 et 1674, donc deux siècles auparavant, la courbe ici davantage en dents de scie donne encore novembre pour les maxima, puis janvier, février et mai. Enfin, deux sinon trois mariages dans la même journée furent de tout temps chose relativement courante.

Conséquence d’une mortalité élevée les remariages sont alors fréquents. A propos de Marguerite Janton, 90 ans, décédée le 14 avril 1768, le curé mentionne « veuve de plusieurs mariens et en dernier lieu de Jacques Guignardat » ; la formule est simplifiée et puis la nonagénaire ne se souvient peut-être plus très bien ?

Si nous passons maintenant aux suites normales des justes noces et aussi d’autres qui l’étaient moins, ce sera pour constater l’admirable simplicité de la courbe de natalité pour la même période 1826-1854 cette courbe malgré quelques soubresauts se développe entre un moins centré sur juin en un plus centré sur décembre. Inutile d’ajouter qu’à Pouilleux où, je le répète l’air est plus vif, cette courbe apparaît différente. Les Talançonnais s’y montrèrent donc davantage procréateurs entre le temps de moissons et celui des châtaignes, comme par hasard vers celui des vendanges.

Autre constatation, celle-ci plutôt navrante : en 20 années à partir de 1804, le prêtre ne baptise pas moins de 12 enfants nés de père inconnu ; mais cela ne date pas d’hier : « donatur pater ignorat », tels sont les termes employés à propos de certain Jehan baptisé le 29 mai 1603. On se serait attendu à mieux de la part de nos ancêtres ?

La plus vénérable mention de baptême dans l’église Saint-Pierre de Reyrieux concerne deux évidents jumeaux, tout à fait légitimes ceux ­là ; l’événement remonte à 1599, au temps de Henry le Quatrième. En voici le relevé :

« Du 14me février 1599 a esté baptisé Humbert fils d’Anthoine Poncet et Jaqueme Montdéserd dudit Reyrieu a esté parrain Benoist Poncet, ont esté marraine Humberte femme dudit Benoist par moy curé.

Signé Dubruchet

Ce 14me a esté baptisé Benoist fils d’Anthoine Poncet et Jaqueme Montdéserd a esté parrain Benoist Poncet marraine Janne Cluny , (Clugnet) par moy esté curé.

Signé Dubruchet ».

Ce double baptême précéda de peu dans le temps la première mention de mariage connue, entre Guillaume Bayet et Guillemette… épousés le 25 juillet de la même année 1599. Le 16 janvier 1746, Rosalie Valençot, épouse d’Antoine Girard, mis au monde des triplés, trois bébés qui ne purent survivre puisque le garçon décéda le 17 et les deux filles le 18.

Voici les noms, de baptême évidemment, que l’on donnait aux futurs talançonnais au XVIIe siècle, orthographe de l’époque : Agate, Alexandre, André et Andrée, Anne, Anthoine et Antohoinet, Aymé, Barthélemy et Barthélemie, Benoist et Benoiste, Blaise, Blanche, Blandine, Catherin et Catherine, Charles, Claude et Claudine, Clément, David, Dominique, Ennemond et Ennemonde, Estienne et Estiennette, Fleury et Fleurie, François et Françoise, Gabriel, Gaspard et Gasparde, Georges, Girard, Guillaume, Guillementte, Guillonne, Henry, Humbert et Humberte, Jacque, Jacqueline, Jacquème, Jean et Jeanne, Justin et Justine, Laurent et Laurence, Léonard et Léonarde, Louys et Louyse, Marcellin, Marie, Marguerite, Mathieu, Michel et Michelle, Nicolas et Nicole, Noé (Noël), Pasque et Pasquette, Pépin, Petronille, Perrette, Philibert et Philiberte, Philippe, Pierre et Pierrette, Thomas, Toussaint, Véran, Vincent.

Chez les garçons, Augustin paraît exceptionnel. Chez les filles : Alphonsine, Cibille, Constance, Elisabeth, Geneviève, Helesne, Henriette, Lucresse, Magdeleine, Mérode, Yolan (Yolande), Ysabeau révèlent chaque fois une marraine appartenant à la classe aisée et bourgeoise de Lyon ou de Trévoux. Il y avait à l’occasion plusieurs marraines.

Et puis le choix du prénom peut refléter la tendance du moment ; en

1805, coïncidant avec la reprise du culte à Reyrieux après la Révolution, les filles pour la moitié sauf une (11 sur 24) sont appelées Marie. L’année suivante je ne sais quelle mouche aura piqué les parents, sont à l’honneur des petits noms aussi désuets que gentils : Dodon, Jeanneton, Nannou, Suzon…

Relativement à l’évolution des moeurs au siècle passé : en 1802 un enfant sur trois est baptisé le jour même de sa venue au monde ; en 1852, soit cinquante ans plus tard, un seul est certain sur une liste de 25.

A présent le dernier acte de la pièce, l’acte de décès ou plutôt d’enterrement. « Une fille à Marcellin Derbage » ondoyée à la maison pour la ~~ »mère-sage » est sans l’avoir aucunement désiré la pauvrette, la première talançonnaise connue figurant dans les décès le 18 mars 1702.

L’inhumation à l’intérieur de l’église fut chez nous beaucoup moins fréquente qu’à Pouilleux ou encore qu’à Trévoux ; moins d’une trentaine et seulement pour la première moitié du XVIIIe siècle. Je note celle de Pierre Le Blanc cy­devant grand prévot de la Souveraineté de Dombes, ceci pouvant expliquer cela. Les nobles du pays quant à eux ont leur caveau de famille ailleurs.

Ensuite celle de l’infortuné maçon-charpentier François de Louys tombé d’une muraille qu’il construisait à Reyrieux. Une telle faveur s’explique encore par la consternation du propriétaire qui n’eut sans doute l’esprit en paix qu’après avoir offert à ses frais cette compensation à son ouvrier.

Sur le calendrier assez souvent les enterrements se suivent, en relation probable avec des conditions climatiques défavorables ; en 1848 par exemple, en une saison meurtrière, les décès se situent pour les trois quarts dans le premier semestre ; l’accalmie qui suit montre simplement que tous les moins résistants ont été emportés.

Au XVIIIe siècle, les enfants de moins de 10 ans représentent un tiers des décès. A partir de l’année 1826 encore, sur les registres paroissiaux du moins le nombre des sépultures tend brusquement à doubler mais pour la bonne et simple raison que le curé Rambaud, qui figure lui-même sur la liste à la fin de cette année là, jugeait inutile de mentionner les jeunes enfants… et aussi quelques autres.

Pour en revenir à une autre année record 1834, celle où fut mis en service, mais uniquement par hasard, le nouveau cimetière jusqu’alors autour de l’église, les moins de 10 ans comptèrent pour près de la moitié dans les décès, le mal ayant frappé depuis mars jusqu’en septembre. Toutefois ne nous y trompons pas ; il faut voir en tout ceci une sélection naturelle puisqu’au XVIIIe siècle déjà on pouvait rencontrer dans le village plus d’un octogénaire. En ce sens voici un exemple on ne peut plus éloquent : le second de septembre de l’année 1758 fut inhumée Benoîte Goute veuve Tessier dont l’âge est précisé, si l’on peut dire, par le curé : environ 100 ans.

A partir de 1862, l’équilibre entre les naissances et les décès dans l’ensemble ordinairement favorable, après avoir marqué un fléchissement est rompu et ceci sera désormais la règle 9 fois sur 10 années d’abord, 14 fois sur 15 ensuite. Les chiffres ne peuvent être considérés que jusque vers 1930, date à laquelle de futurs talançonnais voient le jour à la maternité de Trévoux.

La cote d’alerte est largement dépassée en 1864 par exemple avec 45 sépultures pour 22 naissances, en 1881 et 1892 où la proportion est de 21 naissances contre 38 décès, en 1906, année record où elle atteint 8 naissances contre 34 décès. Ce déficit est pratiquement constant, le nombre d’habitants à Reyrieux reste cependant stable jusque vers 1960 ; on doit y voir l’effet d’un échange permanent de population entre les villes et la campagne.

Et pour finir, les anciens registres nous indiquent aussi les surnoms que portaient souvent les habitants et nous précisent leur état social ; la population de jadis apparaît ainsi moins rurale chez nous que l’on aurait pu le penser.

Reyrieux, avec en gros huit mille actes notés pour la seule période antérieure à 1 800 fut autre chose qu’un petit village de Dombes.

Henri BARTHOUX