2001 – 01 : Les granges à Reyrieux

Poursuivant, avec le talent et la précision que nous lui connaissons, l’inventaire des richesses historiques de notre bourg, M. Henri BARTHOUX nous invite à redécouvrir les granges qui jalonnaient les terres de la commune ainsi que les « Grangers » qui ont animé ces vieilles bâtisses.

Aux siècles passés « grange » avait acquis la valeur de ferme, c’est-à-dire d’exploi­tation rurale louée par son propriétaire à un cultivateur. L’on parlait alors ordi­nairement du « granger » et non du fermier de M. Untel.

Sur notre commune nous ne retiendrons guère que les plus importantes. Celles qui nous sont connues ou plutôt mal connues, par les registres paroissiaux, lorsque le père d’un enfant se déclare par exemple « granger » à la grange du Fillat ou de M. Arnaud.

En fait, en ces cas là, il s’agissait de nouveaux venus dans la localité. Ils précisaient ainsi au curé leur position sociale. De nombreux talançonnais se disent aussi « grangers » sans autre préci­sion, comme certains se déclarent char­ron, tisserand ou maréchal. C’est donc par le biais et le canal de quelques villa­geois de fraîche date, qui firent parfois souche, que nous aborderons nos gran­ges du passé.

Les sept granges de Reyrieux Elles sont sept à se détacher nettement de l’ensemble du bâti rural primitif: Grange-Basse d’abord, certaine­ment la plus ancienne, n’est plus ferme depuis longtemps, mais ce qualificatif permet de la rattacher à une possession des sires de Villars résidant en leur Maison Basse de Trévoux, aujourd’hui Office du Tourisme dans le bas de la rue du Port.

Exceptionnellement nous en repérons un « granger » : André Poncet déclaré tel lors de son décès le 31 janvier 1730. A cette date le domaine appartient déjà au comte de Garnerans. II sera vendu en 47 lots, les bâtiments adjugés sur la somme de 2920 livres à un trévol­tien J.-B. Guillin.

1 Lorsque l’acte religieux concernait un paroissien d’une famille établie de longue date à Reyrieux, le curé évitait souvent de faire figurer sur son acte la localisation du déclarant.

‘ Les Numéros renvoient au plan du centre de Reyrieux.

La Grange de Saint Saturnin (Saint Sorlin)

Touchant au site de la chapelle disparue. En 1825, elle appartient à Jean-François Meunier, autre trévoltien. Elle fera place au manoir actuel. En 1723 Jean Vignon est « granger » du sieur Mazet à la grange de la chapelle de St Saturnin ; on ne peut être plus précis. II s’agit vraisem­blablement de David Mazet notaire à Trévoux, en 1732 (A.D.BB.2)
La Grange Gaucher

Jean Pinay, entre autre, est déclaré demeurant « granger » chez M. Gaucher à sa grange de Reyrieux, lors du baptême de ses enfants le 5 décembre 1659 et le 6 août 1661, mais sans plus.

Antoine Gaucher, châtelain de Ligneu, procureur au bailliage de Dombes, contrôleur général de la monnaie dudit pays, fut enterré dans l’église de Trévoux en 1688 (A.D.GG.13). Une dame Françoise Gaucher fut l’épouse de /erôme Duplessis de la Brosse, habitant en son manoir de Reyrieux. Tout ceci permet de reconnaître en cette grange du XVlle siècle la ferme du château de Brosse, séparée de ce dernier par la rue de la Ramassière (au n° 106).

Les quatre autres granges sont plus récentes, à preuve les bâtiments ont perduré. Ils remontent plutôt au XVllle siècle, pour du moins ce qui en constitue l’essentiel : un vaste magasin à fourrage supporté par une série de colonnes de pierre formant hangar à charrettes ouvrant sur la cour. Ce faciès caractéristique n’est généralement plus très évident aujourd’hui par suite de transformations à fins utilitaires. A leur origine, ces granges appartiennent presque toujours à de riches propriétaires étran­gers au pays.
La Grange au dîme ou « Le Dîme »

La première place lui revient. C’est la ferme où se percevait et surtout s’emmagasi­nait le produit des dîmes ecclésiastiques sous l’Ancien Régime. C’est à présent la propriété de la famille de feu Monsieur F. eranciot, rue de la Ramassière. Théoriquement, le chapitre Saint Jean de Lyon étant décimateur de la paroisse, ladite grange devait appartenir aux chanoines. II n’existe cependant pas d’acte de vente connu au titre de Bien National confisqué en 1791, alors que de tels actes existent concernant les fermes des Jacôbins et des Minimes de Pouilleux. II est possible que le chapitre ait déjà cédé sa grange à quelques particuliers, à charge pour lui de tenter de faire rentrer, à tout le moins partie, un dû dont de nombreux paroissiens, dès 1700, évitaient de s’acquitter.

Le Dime appartient en 1825 à Gaspard Odet, une famille dont on remarque le tombeau monolithique au centre du cimetière.
La Grange du Filliat

C’est aussi une grange à piliers associée à un nom de lieu qui n’apporte en lui-même rien de très positif puisqu’il est à présent perdu. Heureusement les archives du conseil municipal viennent à notre secours, elles enregistrent les soucis du Conseil qui doit remettre en état une notable longueur de chemins vicinaux après la Révolution. Ces archives mentionnent justement un trêve du Loup ou du Filliat, quelque part dans le secteur de Veissieux (le Trêve est une fourche de chemins). ** N’étant pas située sur le centre du village, localisée près de Trévoux, cette grange n’a pas été mentionnée sur le plan.

Ce détail joint à divers indices puisés dans la littérature relative aux voies communales et à la confrontation sur le terrain permet enfin de localiser cette grange à Filliat, au point où du chemin des Peupliers se détachait un autre chemin montant… au Paradis, vers la route de Clairval. D’une manière plus concise disons que le site est aujourd’hui celui du lavoir conservé en ce quartier. La grange du Filliat est là avec ses piliers à l’endroit attendu. C’est la propriété de Mme J.-M. Clerc.

Philibert Fariner, laboureur, demeurant « granger » du Filliat, est cité en septem­bre 1672 ainsi que Jean-Pierre Rivoire, en septembre 1715. Pierre Marnay est ultérieurement déclaré vigneron chez M. Chauvet au domaine appelé Filliat. Les Chauvet étaient des bourgeois de Trévoux.
La Grange BernaIîn

Ses piliers se discernent encore dans la muraille. Son dernier détenteur nous est connu : c’était le comte de Garnerans . La ferme, ayant privilège d’un colombier, fut vendue comme Bien National pendant la Révolution. Le comte, Seigneur de Reyrieux, avait dû l’acquérir au XVlle siècle, mais le nom Bernalin remonte au XIVe.

Son plus ancien « granger » est Antoine Colongie dit Caramo en 1661. Plus-tard vient Claude Laurent dit Bey, indication d’origine, en 1672.

Les bâtiments furent acquis par Mathieu Porte et Jean Sève, tous deux de Trévoux, pour la somme de 5 000 livres.

Le repérage reste facile grâce au pigeon­nier depuis le cimetière.
La Grange de Gîgneux

C’est la dernière et aussi la plus importante de ces granges à piliers, mais elle nous est moins accessible par l’Histoire.

Elle se situe en Gigneux, à l’orient du village. En 1825, elle appartenait à Pierre Guillon, mais là s’arrêtent les certitudes.

Les armes d’un chevalier inconnu y figurent au dessus de la cheminée mais les Guillon, que l’on sache, ne furent pas chevaliers.

Faudrait-il voir du côté de certain Maître Bonny qui, baptisé à Reyrieux en 1750, résida en Ambérieux en Dombes ? Quant aux quatre ou cinq fermes de Pouilleux, elles eurent leur histoire propre et aussi leurs « grangers », autre­ment mieux connus.

Mais laissons à l’ancienne paroisse du plateau ce qui lui revient de droit.

H. BARTHOUX