1984 – 01 : Le groupe mairie-écoles de Reyrieux

Un quart de siècle déjà s’était écoulé depuis la construction de la nouvelle église lorsque, vers l’année 1900, la municipalité avec le maire, M. Frangin, puis M. Guillon, entreprit de doter Reyrieux d’un Hôtel de ville et d’écoles plus en rapport avec l’importance réelle de la commune.

Le XIXe siècle finissant laissait le village avec un habitat en partie rénové, équipé de ponts, de lavoirs et de routes nouvelles, cependant que Toussieux, ce hameau encombrant, venait de retrouver son autonomie administrative. Il était temps, plus que temps, de fournir aux écoliers du pays des locaux plus convenables et de disposer d’une mairie à laquelle on voulait donner la première place, après Trévoux, dans le canton. N’oublions pas que l’établissement Thermal avait un temps attiré l’attention générale sur les rives talançonnaises et que si les eaux désormais délaissées ne justifiaient plus guère ce nom prestigieux de Reyrieux les Bains, Reyrieux tout court n’en devait pas pour autant déchoir.

Et ceci peut expliquer l’imposant édifice actuel qui surprit maintes fois étrangers et visiteurs.

De quels bâtiments communaux disposait-on alors ? Simplement d’une très campagnarde petite mairie et de deux écoles aussi dénuées de prétention si l’on se réfère aux rares documents qui nous en reste : quelques photos et au moins une gravure de Girrane…

Il est difficile de se représenter le vallon, aujourd’hui comblé où le Talençon serpentait entre jardins, prés et vergers, mais on localise assez bien sur un plan de 1855 l’ancienne mairie-école située en face de l’actuelle petite salle, au niveau du bief qui longeait autrefois le pied de l’église. On accédait par la place ombragée de peupliers d’Italie, à cet édifice, le dernier du bourg puisque la route n’existait pas encore du moins avant 1880.

Très modeste maison communale en effet qui nous est révélée par un inventaire demandé par la préfecture, en tous les cas ce qui fut déclaré par la mairie, en date du 19 novembre 1844.

Outres les registres, bulletins, manuels, tables, tableaux, livres et cahiers divers, atlas et matrices cadast>’âles, il est fait mention comme mobilier en tout et pour tout, d’abord pour l’extérieur : d’une grille d’affichage à la porte de l’église ; ensuite à l’intérieur d’une armoire pour les archives, du sceau de la mairie et sa boîte, d’un drapeau tricolore, d’une table et de douze chaises.

Le buste de Marianne, don de M. Poyat, ne vint une fois la république assurée qu’en 1882.

Les biens communaux à cette même date de 1844 consistaient en « la maison commune » où

sont la classe des garçons, celle des filles, le logement de l’instituteur et celui de l’institutrice, le presbytère, l’église, le cimetière, enfin les terrains communaux de Reyrieux.

La mutation de ce secteur oublié du vieux village débuta, suite à la construction de la nouvelle église, avec la création en 1880 de la route n° 19 de Trévoux à Montuel puis chemin de grande communication n° 4 de Trévoux à Saint­André-de-Corcy, qui dès lors passa par le bourg ; son raccordement, la montée dite rue Font-Martin, se place vers 1884.

Ce nouvel état de « Reyrieux-les-Bains » qui nous est montré par une gravure de Giranne parue en 1895 dans le Progrès Illustré approchait déjà sensiblement de l’actuel.

On y aperçoit sur la gauche la maison commune en partie enterrée par le remblai de la route. Cependant elle n’était là en tant que domaine particulier des édiles et cage à galopins… que depuis soixante ans à peine.

En 1823, un local minuscule qui laisse plutôt penser à une remise pour outils de jardin se discerne sur l’ancien plan cadastral, dans l’angle NE du cimetière, en arrière de l’église et en contre bas du jardin de la cure ; il est catalogué maison commune à cette époque et encore « ancienne mairie » vers 1870.

Cet édicule avait été remplacé en 1836, donc assez vite, par une maison acquise de M. Frangin Antoine, à partir de laquelle furent pendant un demi-siècle construites et reconstruites, aménagées et réaménagées, une école de garçons et une autre de filles tenue celle-ci par des Sœurs de Saint­ Joseph.

L’effectif atteignait en 1853, 60 élèves pour chacune des deux écoles… mais qu’en était-il de la fréquentation régulière tout au long de l’année ? La mairie quant à elle devait se situer entre les deux, le tout face à la place mais au niveau de celle-ci. Elle figure assez honorablement dans un fort bel album de photographies réalisé à propos de l’inauguration du nouveau groupe, en 1904, et conservé aux archives municipales.

En 1882, un instituteur adjoint, pour les garçons, devient indispensable: 70 -« gones » et davantage à cette époque; la salle unique sera divisée en deux par une cloison. Dix ans plus tard, les enfants bénéficient de préaux couverts dans leurs cours de récréation.

Entre temps la loi 1888 a classé la commune de Reyrieux comme suit: une école obligatoire de garçons de deux classes, de même pour les filles.

En fait, vers 1900, chacun dans le pays est plus ou moins d’accord pour une reconstruction de la maison communale.

Dès 1897, l’inspecteur primaire de Trévoux ayant déjà signalé plusieurs fois la vétusté des locaux scolaires, le conseil, avec le maire, M. Frangin, se préoccupe de l’achat d’un terrain. Après avoir le 16 mai désigné une commission de trois membres pour étudier la question, le conseil municipal est d’accord le 8 août sur le principe de reconstruction. Il engage des pourparlers au sujet d’une parcelle située à l’entrée ouest du bourg, en bordure de la route, à 120 mètres du cimetière. Mais le prix est trop élevé et même prohibitif : 4 F du mètre carré. A la séance du 19 septembre le conseil municipal rebuté, reste décidé à réparer et augmenter les locaux existants.

Un an plus tard on se préoccupe de savoir quel sera l’aide de l’Etat : il est envisagé de construire un groupe à l’est de l’église dans le coteau, vers la petite salle actuelle.

La municipalité vient de changer et avec le nouveau maire M. Guillon, l’orientation politique. A la séance du 12 janvier 1899, M. Guichard, conseiller adjoint fait remarquer que le groupe construit sur le Talençon canalisé embellirait davantage le bourg, il est décidé après une longue délibération de demander un double devis et de revenir à l’emplacement du coteau si le prix paraît trop élevé.

L’idée séduisante mais qui implique un endette­ment considérable pour la commune laisse mani­festement les élus partagés, hésitants ou réticents. En fait, c’est l’impasse.

Séance du conseil municipal du 13 août: ajournement du projet ; les raisons en sont données le 8 octobre : désaccord sur l’emplace­ment.

L’inspection d’académie qui jusque là était favorable s’impatiente et suggère de proposer une construction d’office pour le seul groupe scolaire bien entendu. Après trois années de discussions, le 20 septembre 1900 l’accord final est réalisé sur l’emplacement des écoles actuelles, décision ac­quise à l’unanimité : la nouvelle maison commune sera édifiée derrière l’ancienne qui disparaîtra ensuite, ce qui encadrera magnifiquement la place du village.

Le projet est important, se sont là seulement les termes très pondérés de l’agent-voyer chef. En réalité, il est grandiose, s’intitulant « construction d’un groupe scolaire avec mairie et d’une salle des fêtes » le tout devant être réalisé en faisant disparaître le ruisseau qui clapote dans le fond du vallon pour ne pas dire ravin, depuis des temps géologiques.

Le devis est en proportions, la dépense totale compris l’achat de terrain doit s’élever à 140237,69 F. L’enseignement qui n’a rien à y perdre et tout à y gagner donne encore un avis favorable.

Suite à la séance de l’académie de Lyon en date du 24 octobre 1901, les « gones » du pays viennent alors de retrouver des bancs d’étude désormais sursitaires… « considérant que les écoles sont actuellement installées dans des locaux délabrés insuffisants et malsains, que les salles de classe sont étroites, mal aérées et mal éclairées, que celles du rez-de-chaussée sont humides et malsaines, que les cours de récréation sont humides, petites et mal disposées, que les logements des maîtres sont insuffisants, qu’il résulte de cet état de choses que la construction projetée est d’une extrême ur­gence ».

Considérant que l’emplacement choisi, d’une contenance de 50 ares environ est situé dans l’agglomération du chef lieu communal, au carre­four formé par les voies desservant la commune, qu’il est spacieux, central et d’accès facile, que grâce aux dispositions prises il sera salubre que d’ailleurs il sera éloigné de voisinages dangereux ou malsains, qu’il sera pourvu d’eau potable…

L’académie de Lyon peut être rassurée : la maison d’école « bâtie au fond du ruisseau » enterrée de 3 mètres par le talus de la route de 1880 sera rétablie sur caves, à 5 mètres au dessus ‘, du Talençon, selon les plans de M. Delorme qui ont été retenus.

Le projet, disons le mot ambitieux, se heurte dès le départ aux difficultés pratiquement inévitables de ce genre d’entreprise. Deux parcelles de terrain sont à acquérir pour sa réalisation. Devant les exigences (encore) des propriétaires, le conseil municipal en novembre 1901, fort d’une expertise effectuée par un géomètre expert fixant le dom­mage causé à la somme de 4 000 F, prie le préfet de vouloir bien faire déclarer l’utilité publique.

On prévoyait alors d’utiliser le surplus du terrain comme champs d’expérience agricole pour garçons… Cibeins ne devait voir le jour en tant qu’école d’agriculture que 18 années plus tard. Proposition témoignant d’un esprit certainement novateur mais qui dut être finalement abandonné.

La municipalité, au seuil de l’hiver 1901-1902 est au coeur de ses difficultés les chiffres sont maintenant connus, la note à payer pour tous sera lourde, elle est jugée d’un poids excessif par beaucoup et il se manifeste parmi les Talençonnais une assez vive opposition.

Au sein même du conseil l’unanimité est loin d’être parfaite. Le 6 janvier 1902 lors de l’approba­tion du rapport (favorable) d’enquête pour déclara­tion d’utilité publique, 11 présents sur 12 et sur ces 11 voix 9 sont pour et 2 sont contre. II faut dire que la reconstruction se place alors dans un climat politiquement tendu et que le projet contribue à augmenter, à attirer les discordes entre des gens qui se qualifient eux-mêmes, ou sont qualifiés par les autres de républicains ou de réactionnaires.

Si le procès-verbal de cette enquête en date du 3 janvier présente une colonne en faveur restée prudemment vierge, celle des avis contraires est bourrée, si l’on peut dire jusqu’à refus, d’au moins deux douzaines de protestations qui sont à peu près d’accord sur un point: prix trop élevé.

Par ailleurs, les opposants font parvenir à la préfecture une protestation collective groupant plus de 100 signatures, 1 127 habitants à Reyrieux, chiffre de cette année 1902 tous intéressés de près ou de loin à l’entreprise…

Une nouvelle plutôt encourageante : à la séance du conseil municipal du 22 mars, le maire informe les conseillers que le ministère de l’Instruction publique accorde une subvention de 27425 F sur les fonds de l’Etat. De son côté, la préfecture, dès le mois d’avril est d’avis de passer outre les protestations en déclarant l’utilité publique. Ce qui n’empêche le maire, M. Guillon, lequel avait sans doute ses raisons, dans une lettre du 2 juin adressée au député de l’Ain, de se plaindre vertement de la lenteur de l’administration préfec­torale qui retient les travaux… envoyé haut et loin… puis envoyé sensiblement plus près. Des agissements infâmes d’un conseiller qui rejoint la réaction en promenant une pétition.

Hélas, un coup d’arrêt vient du Ministère de l’intérieur le 19 juin plus exactement du président du conseil, ministre de l’Intérieur et des Cultes : le projet devra être remanié, la construction de la salle des fêtes n’est pas suffisamment justifiée, des économies devront être réalisées sur celle des écoles et de la mairie, enfin, la surface du terrain à acquérir paraît excessive. On se tourne donc finalement durant l’été 1902 vers une réalisation plus modeste sur laquelle pouvait se faire en principe l’accord général.

La promesse de vente des terrains est acquise le 9 août et le conseil municipal « considérant que les écoles actuelles sont dans un état de vétusté tel qu’il y a la plus grande urgence à activer la construction du groupe scolaire » un vote d’une somme de 8 000 F à cet effet, dont moitié pour les frais qui sera prélevé sur un crédit foncier de France, voté lui-même le 1 septembre, pour la participation de la commune dans la dépense prévue.

Emprunt remboursable par une imposition extraordinaire de 67 centimes pendant 30 ans à dater du 1 er juin 1903.

Le prix d’achat du terrain (4 000 F) étant prélevé sur le chiffre du projet prévu pour la salle des fêtes reportée quant à elle, pour un avenir imprécisé. La séance extraordinaire du conseil municipal du 19 septembre 1902 est décisive après l’enquête de commodo et incommodo qui n’a soulevé aucune réclamation des diverses et indispensables autori­sations préfectorales sont demandées, elles sont accordées assez vite et l’adjudication des travaux a lieu le 16 novembre. Le chef lieu communal désormais va faire peau neuve. Il serait temps maintenant et si vous le voulez bien de jeter un coup d’œil rétrospectif sur le site que nous restitue assez exactement les relevés effectués alors par le géomètre M. Vicard.

D’abord, sur la rive gauche du Talençon, seigneur jusqu’alors incontesté de ce vallon, au niveau du transformateur de l’EDF, un jardin clos de murs (à MM. Barret-Prost) séparé de la rivière par un talus en broussailles. Plus haut, le pré verger de Mme veuve J.C. Perret, parcelle coupée en deux par la route neuve de 1880 et qui présente entre son point le plus haut et le plus bas une différence de niveau de 8 mètres. C’est-à-dire la profondeur du ravin et la hauteur moyenne d’une maison.

Sur l’autre rive, l’école avec ses cours de récréation et lui faisant suite un délaissé de terrain servant de dépotoir public simplement.

Tout cela fut nivelé après couverture de la rivière, sur une longueur de 76 mètres par un apport de 6 227 mètres cube de remblai prélevé dans les coteaux voisins de part et d’autre du vallon. Des wagonnets roulants sur des rails assuraient le service de ce chantier autrement plus important que n’avait été celui de l’église trente ans auparavant.

En arrière de l’ancien bâtiment qui ne fut démoli qu’après coup s’éleva la construction nouvelle en béton de mâchefer sur de puissantes fondations en béton de gravier.

Les anciens du pays n’aimaient-ils pas rappeler aux plus jeunes qu’il y a sous le sol de la mairie autant d’ouvrage que dessus.

On retint pour les escaliers et les perrons la bonne pierre de Villebois, pour les corniches, frontons et frises la pierre de Saint-Paul. Une couverture en ardoises avait été initialement prévu pour la seule mairie, les pavillons des écoles devant être recouverts de tuiles plates de Cancalon, de même que les préaux. Au cours des travaux qui se poursuivent durant les années 1903 et 1904, la municipalité se ravisa : le groupe tout entier serait couvert en ardoises d’Angers ler carré fort, ce qui entraîna, avec un devis de zinguerie plus que doublé, un dépassement de 5 908,54 F, payé en partie par les différences de rabais consentis par les cinq autres adjudicataires.

Marché de gré à gré passé le 4 février 1904 entre la commune de Reyrieux et M. Pivot, sculpteur à Lyon pour modelage, moulage et exécution en pierre blanche du motif central (au fronton de la mairie) pour le prix de 500 F. Le 19 juin, la décision est prise de démolir l’ancienne maison commune ; de ce côté, les élus peuvent se saborder sans inquiétudes : le nouvel édifice est pratique­ment terminé.

Et le 15 novembre autre marché de gré à gré avec M. J.-B. Perrier, architecte paysagiste à Quincieux, pour la création d’un jardin square, une réussite dans le genre et qui contient, ce qui est ignoré généralement, de rares hybrides de conifères, s’enorgueillit longtemps d’un séquoia devenu encombrant et finalement supprimé.

La dépense réelle s’était élevée à 157 908,56 F. L’inauguration marquée notamment par un lâcher de pigeons avait eu lieu le 16 octobre comme le rappelle la plaque du hall sur l’entrée : oeuvre de M. Chauvelon de Genay.

Le plus clair de l’album de photos est consacré à cette cérémonie avec la réception des personnalités à la gare.

Qu’ajouter encore à ce résumé de l’histoire de notre mairie-école sinon la construction l’année suivante en 1905 d’une buanderie servant de cantine, celle beaucoup plus tard en 1957-58 en aile annexe, d’une classe maternelle puis en 1978 enfin celle de deux classes dans une autre aile annexe et l’aménagement des locaux de la mairie rendu nécessaire dans cette commune en constant développement.

M. H. BARTHOUX

Sources : archives communales et départementales.

Publié en accord avec l’esprit de « Patrimoine des pays de l’Ain » en tant que membre actif de l’Atelier habitat en Dombes.